Vivre pour apprendre, ou apprendre pour vivre ?

Hier j’ai discuté avec ma cousine qui m’a dit : « Je ne comprends pas la vie, j’ai fait de longues études et je travaille pour quelqu’un, alors que mon cousin, qui n’a pas le bac, voyage partout dans le monde. »

Le cousin en question, qui n’a donc aucun diplôme, a sa propre entreprise. Et ça a l’air de bien marcher.

Et finalement, beaucoup d’entrepreneurs, inconnus ou célèbres, sont comme lui.

Je crois qu’entreprendre est avant tout un état d’esprit. Mais, pour celui ou celle qui veut être libre et qui pense qu’elle n’a pas l’esprit ou que c’est trop tard, ça s’apprend, ça s’acquiert, en FAISANT.

Pour en revenir à l’exemple du cousin, je crois aussi que beaucoup d’entrepreneurs le sont devenus parce qu’ils n’avaient que ce choix. Ce sont des gens qui n’ont pas fait d’études, mais qui finalement étudient toute leur vie, en FAISANT.

On ne leur a pas appris à postuler pour plaire à un employeur et occuper un poste donné en entreprise. Ils savent qu’ils n’ont pas ce que veut un employeur : un ou plusieurs titres ou diplômes. Alors, ils se débrouillent autrement, et finissent par créer leur propre entreprise.

Alors, est-ce qu’on vit pour apprendre, ou on apprend pour vivre ? Les deux certainement.

Mais c’est la vie qui arrive en premier. Le bébé arrive au monde avec une soif immense d’apprendre et de comprendre ce qui l’entoure.

On vit pour faire quelque chose de sa vie. Car chacun de nous a besoin de travailler, de ses mains, de sa tête, de son corps, pour se sentir vivre. Et l’être humain est un être social qui brûle du désir naturel de trouver sa place au sein de la société d’autres êtres humains.

Si on laissait un enfant vivre librement, sans contraintes d’apprentissages, dans un environnement stimulant, bienveillant et sécurisant, crois-tu qu’il se débrouillerait pour apprendre tout ce qu’il lui faut et qui lui correspond, pour trouver sa place et faire quelque chose de sa vie ?

Moi je le crois.

Comme ces enfants qui grandissent simplement, qui vivent, qui ne font pas de longues études mais se lancent dans la vie avec ce qu’ils ont, ce qu’ils sont, se débrouillent et trouvent leur place.

Mais, à partir d’un certain âge, il va être contraint d’apprendre des choses bien définies, à un rythme donné. Il ne comprend pas trop pourquoi. Il ne comprend pas trop ce qui lui arrive.

Tôt ou tard, il comprend que quelqu’un d’autre SAIT mieux que lui ce qui est bon pour lui. Alors, il s’applique avec joie (ou pas) à faire ce qu’on attend de lui, et à plaire à ceux qui savent, et aussi à ceux qu’il aime (ses parents, sa famille), car ça a l’air de leur faire plaisir qu’il réussisse bien à l’école.

Et il risque de démissionner de sa propre vie, pour la laisser entre les mains de ceux qui savent, pour laisser les autres décider et lui dicter sa conduite.

On lui apprend que – et il l’a très bien intégré – pour assurer son avenir et vivre, il faut qu’il apprenne ces choses-là. Apprendre pour vivre.

Alors, s’il réussit à faire ce qu’on attend de lui, à apprendre ce qu’il faut et à avoir les diplômes qu’il faut, il est rassuré, il est fier, et je le comprends car je suis passée par là. Il se dit qu’il n’a pas raté sa vie.

En revanche, s’il rate ses études, il se dit qu’il est foutu. Il se dit qu’il aurait dû mieux apprendre. Il se dit qu’il n’a pas assez suivi ce qu’on lui a dit de faire. Mais il a tort de penser ça…

Il y a quelques jours, on a lu un conte drôle et en même temps assez navrant, avec mes enfants. C’est l’histoire d’Epaminondas, un jeune garçon qui veut tellement plaire à sa mère et faire ce qu’il faut, qui s’applique à lui obéir en tout, mais qui ne réussit ainsi qu’à faire bêtises sur bêtises.

Un jour, Epaminondas rapporte chez lui un gâteau à la noix de coco que lui a offert sa marraine. Mais le gâteau ne ressemble plus à rien.

En effet, sa marraine lui a dit de bien tenir le gâteau serré dans sa main. Et comme il a voulu suivre le conseil de sa marraine, il a serré le gâteau de toutes ses forces, et la pâte s’est effritée en miettes en chemin et la crème de noix de coco s’est répandue sur sa main.

Sa mère : « Epaminondas ! Epaminondas ! Qu’as-tu fait du bon sens que je t’avais donné à la naissance ? Pour porter un morceau de gâteau, tu l’enveloppes dans du papier fin, le mets dans ton chapeau et poses le chapeau sur ta tête. As-tu bien compris ? »

Epaminondas : « Oui, Maman. »

Ainsi, la semaine suivante, Epaminondas va de nouveau chez sa marraine, qui lui donne un cadeau, à rapporter chez lui. Et cette fois, c’est un gros morceau de beurre. Sa marraine lui dit d’y faire bien attention sur le chemin du retour.

Epaminondas : « Ne t’inquiète pas Marraine, je suis un garçon très obéissant. »

Et en effet, il prend dans son sac un papier fin, dépose le beurre dans le papier, le papier dans son chapeau, et le chapeau sur sa tête. Et comme il fait chaud, le beurre ramollit et fond. Il arrive chez lui la tête dégoulinante de ruisseaux jaunes.

Sa mère : « Epaminondas ! Epaminondas ! Qu’as-tu fait du bon sens que je t’avais donné à la naissance ? Pour transporter du beurre, tu dois l’envelopper dans de larges feuilles fraîches, et le long du chemin, le tremper souvent dans l’eau d’un puits ou d’une mare. As-tu bien compris ? »

Epaminondas : « Oui, Maman. »

La semaine suivante, Epaminondas retourne chez sa marraine. Cette dernière a voulu lui faire un beau cadeau, lui offre un petit chien blanc, et lui dit d’en prendre bien soin sur le chemin du retour.

Et tu devines la suite… Le jeune garçon enveloppe le petit chien dans de larges feuilles fraîches, et le long du chemin le trempe plusieurs fois dans l’eau d’une rivière. Le petit chien arrive bien mal en  point à destination.

Et ainsi de suite… C’est risible mais c’est aussi très énervant! On a envie de secouer ce petit jeune homme, de lui ouvrir les yeux, de le réveiller ! Et pourtant, c’est un conte, et il caricature et grossit volontairement les traits, mais la plupart des gens agissent un peu comme le jeune Epaminondas dans la vraie vie !

A la fin de l’histoire, Epaminondas, ne comprenant plus pourquoi il se fait toujours gronder alors qu’il obéit toujours à sa mère, va voir un vieux sage pour lui raconter ses aventures et l’éclairer. Le vieux sage lui dit :

« Ne cherche plus à obéir sans réfléchir. C’est à chacun de trouver comment il doit agir. Maintenant, va en paix, le cœur tranquille et l’esprit éveillé. »

Et sur cette phrase que je trouve inspirante et pleine d’espoir, j’aimerais conclure en disant que tu as un immense pouvoir en toi, et ce bon sens que tu as reçu à la naissance.

Tu n’as pas à toujours t’en remettre à des jugements extérieurs ou des mesures définies par d’autres. FAIS ce qui est juste pour toi, te ressemble et te fait du bien ! Vraiment !

Ce que tu as appris, utilise-le avec intelligence. Laisse ce qui ne te convient pas. Et ne fais pas l’erreur de croire que « Youpiiiiiiiiii l’école est finiiiiie ! », quand l’école et les études sont finies 😀 Oh, non, ce n’est pas fini !!

Car nous nous disons « OUF! » quand nous avons terminé nos études, nous sommes heureux d’être enfin libres. Mais libres comment? Libres de nous enfermer dans des bureaux et d’obéir à des patrons?

La vie est un long apprentissage. Si tu veux être libre, continue d’apprendre et de te former, d’être curieuse et ouverte, d’expérimenter et de prendre des risques, sur le terrain, et auprès de mentors qui t’inspirent et peuvent te guider vers là où tu veux aller.

Tu me diras que c’est ok tout ça, que c’est peut-être bien vrai, mais tu dois de toute façon aujourd’hui travailler pour subvenir à tes besoins! Tu as raison. Il ne s’agit pas de prendre des risques fous en faisant tout valser, mais de prendre soin de tes passions, de ce que tu aimes, de ce que tu es, de ton unicité, car tu vas pouvoir en faire quelque chose, si tu nourris tout ça.

Qu’en penses-tu?

Vivre pour apprendre ou apprendre pour vivre

6 pesnées sur “Vivre pour apprendre ou apprendre pour vivre

  • 13 avril 2017 à 11 h 55 min
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    Tout à fait d’accord avec ton article.
    La société nous dicte tellement notre conduite qu’on ne sait plus réfléchir par nous- mêmes.
    On se fait en plus assister par tout un tas d’objet s connectés qu’au final on ne sait plus se servir de notre bon sens. Il faut trouver le juste milieu. Mais pas si simple. Ce qui m’amène à repenser l’éducation de mes enfants. et notamment leur instruction. Et c’est là que j’ai besoin de ton aide. Si j’ai bien compris, tes enfants font « l’école » à la maison. J’y pense de plus en plus ces temps-ci pour mon fils de 4 ans (peut-être pour celui de 13 ans). Peux tu me dire par où commencer, où se documenter,etc? Je t’en remercie par avance et te souhaite beaucoup de réussite dans ta démarche. en tout cas , j’attends toujours avec impatience tes nouveaux articles.

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    • 13 avril 2017 à 22 h 22 min
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      Coucou Adiene,

      ouiii tu as raison, on perd le bon sens, l’intuition, et toutes les informations qui nous submergent de partout n’arrangent pas les choses. et en même temps, ça a du bon. mais il faut trouver le juste milieu comme tu dis 🙂

      pour mes enfants, oui ils font l' »école » en dehors de l’école :-). dans quelle région vous êtes? si vous êtes en région parisienne, je pourrai te donner des noms d’associations et de groupes Facebook où tu pourras faire connaissance et rencontrer d’autres familles.
      Sinon je peux te conseiller les livres -ceux qui m’ont le plus marquée- que j’ai lus et qui m’ont aidée à aller vers ce choix (ce ne sont pas des livres concrets sur comment pratiquer, les aspects administratifs de l’instruction en famille, mais plus sur l’état d’esprit et une autre vision de l’enfant en fait) : le concept du continuum de Jean Liedloff, élever son enfant autrement de Catherine Dumonteil Kremer, la véritable nature de l’enfant de Jan Hunt, libres enfants de summerhill de Alexander S. Neill, le livre d’André Stern : et je ne suis jamais allé à l’école
      et j’en oublie certainement, mais c’est déjà pas mal 😉

      n’hésite pas si tu as d’autres questions.

      à bientôt 🙂

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      • 15 avril 2017 à 8 h 54 min
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        Merci Ony .je suis en région parisienne!
        J’ai effectivement parcouru le site de Catherine Dumonteil Kremer qui m’a poussé à aller plus loin dans ma démarche ! Ok pour les contacts d’associations et groupes fb je suis preneuse! Mon fils est en moyenne section et je me laisse jusqu’à la fin de la maternelle pour prendre une décision ! J’ai aussi une amie qui est dans le même état d’esprit que moi ! Je te remercie et je vais me procurer les livres que tu as cités ! Si d’autres te viennent en tête n’hésite pas à me les recommander!

        À très bientôt

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  • 13 avril 2017 à 15 h 02 min
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    Pouah, ça me rappelle l’un de mes anciens chefs que j’ai appris à détester avec le temps, il n’avait qu’un seul mot d’ordre : Soit bête et discipliné, tu fais ce qu’ont te dit, sans broncher.

    Pourtant, cela n’excluait pas, comme tu le racontes par le biais de ce conte, dans ton article, que personne ne faisait des erreurs, bien au contraire…

    Donc oui, action et réflexion, font bon ménage ^^
    A très vite

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    • 13 avril 2017 à 22 h 24 min
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      hahaha tu m’as fait rire avec le « j’ai appris à détester » 😀

      Oui, action et réflexion, et confiance 🙂 confiance que tu es assez, tu es bien, tu peux 😉

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